NOUS LE DISIONS DÉJÀ : IL N'Y A PAS DE VÉRITABLE PARTI ÉCOLOGISTE EN FRANCE

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L’impasse verte 

D'aucuns s'étonnaient que MARTINIQUE-ÉCOLOGIE refuse de s'affilier à EUROPE-ÉCOLOGIE-LES-VERTS (EELV) ou de soutenir officiellement Eva JOLY, leur candidate à la dernière élection présidentielle. Mais, leur condescendance vis-à-vis des Outre-Mers et leur fonctionnement clanique nous imposaient une distance avec ce parti d'apparatchiks qui n’a pas hésité à négocier des postes de députés contre la fermeture de centrales nucléaires.

Aujourd’hui, l'histoire nous donne raison. L'analyse que nous faisions de l'attelage EELV rejoint celle développée par Noël MAMÈRE qui, dépité, vient de démissionner à grand fracas du parti écologiste français. Un point de vue partagé par bon nombre d’écologistes et que résume parfaitement Eric DUPIN dans ce papier au titre évocateur "L'impasse verte".  

Louis BOUTRIN.

Il n’y a pas de vrai parti écologiste en France. EELV reste un lieu clos, dramatiquement coupé de la mouvance écologiste qui traverse la société française.

Il est extrêmement facile de relativiser le départ de Noël Mamère. La réputation de forte tête du député de Gironde est bien établie.

Familier des coups de gueule, expert en provocations verbales, allergique à la discipline de parti, le maire de Bègles était en outre très critique, de longue date, sur la participation gouvernementale des écologistes. Sa sortie n’a dès lors rien de très surprenant.

Elle n’en dit pas moins quelques vérités désagréables pour la formation politique qui représente le courant écologiste en France. On peut sourire en entendant Mamère traiter son ancien parti de "syndicat d'élus", lui le cumulard, député depuis seize ans et maire depuis vingt-quatre années. La cruelle expression reflète pourtant une réalité de sociologie politique, tout comme la "préférence pour le nombrilisme et la cuisine interne" dénoncée par Pascal Durand, le secrétaire national bientôt sorti de EELV.

Tout indique que le fragile parti écologiste français s’apprête à traverser une période très difficile. La reprise en main attendue au prochain congrès de novembre après l’éviction brutale, par des jeux de couloirs, de Durand ne règlera ni les contradictions stratégiques de cette mouvance ni les obstacles qui l’empêchent de peser politiquement dans la société française.

Menacer et s’écraser

Durand a sans doute été maladroit dans l’expression en donnant, le 14 septembre, «six jours au président François Hollande pour s'engager concrètement dans la transition énergétique». Son analyse n’en était pas moins cohérente. Constatant que «l'écologie a reculé pendant un an» et relevant tous les abandons du pouvoir socialiste, cet homme carré prévenait qu’il ne serait «pas le secrétaire national du renoncement».

Les responsables écologistes faisaient alors également monter la pression, les coprésidents du groupe à l’Assemblée nationale François de Rugy et Barbara Pompili menaçant même de ne pas voter le budget.

Tout s’est ensuite subitement dégonflé. Le 17 septembre, avant même le discours de Hollande devant la Conférence environnementale, Cécile Duflot annonce clairement qu'elle reste au gouvernement en expliquant que «la question n'est pas celle d'une mise en scène d'un départ».

Le président de la République peut ainsi tranquillement décliner, le 20 septembre, une orientation environnementale mêlant habilement des objectifs à long terme ambitieux (réduire de 50% la consommation énergétique d’ici... 2050) et des mesures de fiscalité écologique immédiates timorées. La taxation du CO2 prévue dans le budget 2014 sera bien moindre que la «taxe carbone» décidée par Nicolas Sarkozy en 2009. Quant à la réduction de l’avantage fiscal dont bénéficie le diesel par rapport à l’essence, elle est tellement faible qu’il faudrait à ce rythme 38 ans pour en finir avec le privilège accordé à ce carburant polluant!

Des postes plus que des idées

Les ministres écologistes donnent l’impression, pas forcément infondée, d’être plus attachés à leurs postes qu’à leurs idées. Duflot a beau expliquer qu’elle inscrit son action dans la durée en cherchant à «peser sur le cours des choses», la présence de EELV au gouvernement n’influence que très marginalement le cours de la politique suivie.

En ces temps de recherche désespérée de la «croissance», et d’inquiétudes combinées portant sur l’emploi et le pouvoir d’achat, l’ambition écologique passe au second plan. Duflot doit se contenter de contredire bruyamment Manuel Valls sur les Roms ce qui lui permet de complaire aux militants tout en leur faisant oublier les désordres dans son parti.

La ministre de l’Egalité des territoires et du Logement réalise plutôt un bon travail, mais rien n’indique qu’un ministre socialiste ne ferait pas aussi bien dans ce domaine. Quant au très sérieux Pascal Canfin, relégué à la Coopération, on ne peut que regretter qu’il n’ait pas décroché le ministère de l’Economie sociale et solidaire, où il aurait été mieux en mesure de faire avancer la vision de la société que porte l’écologie.

En s’accrochant au gouvernement, EELV s’expose au risque d’être demain solidaire d’un échec du pouvoir. D’ores et déjà, le parti écologiste subit les conséquences de son impopularité. Un phénomène qui pourrait lui coûter cher lors des prochaines échéances électorales alors même que les municipales (où il avait percé en 1989) et les européennes (où il talonnait le PS en 2009) sont les deux scrutins où les écologistes sont ordinairement les plus à l’aise.

Un micro parti

Le printemps 2014 peut être le moment d’un nouvel affaiblissement d’EELV après sa contre-performance des présidentielles de 2012 (2,3% des suffrages exprimés pour Eva Joly). Voilà qui n’améliorerait pas les affaires d’un parti handicapé par sa modeste taille et une vie interne malsaine.

Déclarant 10.000 adhérents, EELV aurait moins de membres que le petit parti chrétien-démocrate fondé par Christine Boutin (qui en revendique 11.000). Un chiffre ridicule si on le compare aux 60.000 adhérents des Verts allemands.

Les Verts français ont fait l’effort de se rebaptiser d’un sigle (un peu compliqué) en 2009, mais ils n’ont pas réussi à élargir leur base militante. La bonne idée de Daniel Cohn-Bendit de créer une «coopérative», forme politique inédite adaptée aux réseaux de l’écologie de terrain, s’est perdue dans les sables. Cette adossée à EELV semble assez moribonde….

Mélange d’amateurs et de professionnels

Le micro-parti écologiste reste un lieu clos où se côtoient amateurs plus ou moins naïfs et professionnels plus ou moins roués. Le poids des élus et de leurs collaborateurs dans l’ossature d’EELV est sans doute aussi fort qu’au PS.

Son fonctionnement est un curieux mélange de basisme à ciel ouvert et de clanisme obscur d’appareil. Ce parti reste formellement fidèle à la tradition contraignante de votes à la majorité qualifiée (60% des exprimés pour les prises de décision), mais la réalité du pouvoir interne est, elle, des plus concentrées.

A peine apprenait-on que Pascal Durand était poussé vers la sortie que le nom de son successeur au secrétariat national d’EELV était annoncé. Il s'agirait d'Emmanuelle Cosse, ancienne activiste d’Act Up, qui aurait le mérite d’être issue de la gauche du mouvement tout en étant proche de Cécile Duflot. Cette militante inconnue du grand public est aussi la compagne de Denis Baupin, vice-président EELV de l’Assemblée nationale.

«La première chose qu'il faut faire, c'est interdire les couples !», s’amuse Patrick Farbiaz, ancien conseiller de Cécile Duflot puis d'Eva Joly, qui poursuit: «Au-delà de la blague, il peut y avoir un sentiment d'exclusion de la part de ceux qui ne sont avec personne dans le parti, ou proches d'aucun couple influent.»

Mamère est allé plus loin encore en parlant de «la firme» pour évoquer les vrais chefs du parti réunis autour de Duflot, n’hésitant pas à reprendre une expression utilisée pour les sarkozystes historiques de 2007. 

Coupé de la société

Toujours est-il que le petit parti écologiste est assez dramatiquement coupé de la mouvance écologiste qui traverse la société française. Du succès des Amap aux innovations écologiques de terrain en passant par l’économie solidaire, une forte minorité expérimente des modes de vie respectueux de l’environnement. Ces militants du concret, qui se méfient il est vrai beaucoup de l’action politique, ne se sentent généralement pas représentés par EELV.

Cette formation souffre de n’être guère irriguée par des aspirations qui émergent pourtant de différents secteurs de la société. Elle est enfin menacée de concurrence dès lors que le drapeau de l’«écosocialisme» est également brandi par un Parti de gauche au logo vert et rouge.

En cas de séparation d’avec le PCF, de tradition productiviste et pro-nucléaire, le PG pourrait plus aisément se prétendre l’étendard du radicalisme écologique. Et la sensibilité écologiste pourrait être durablement divisée en deux courants rivaux.

Eric Dupin IN SLATE.FR