OSCARS 2012 : EXPLICATIONS D'UN TRIOMPHE ANNONCE

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Pourquoi « The Artist » a (aussi) triomphé aux Oscars

Après six Césars, sept Baftas, un Goya, trois Golden Globes, quatre Spirit Awards (les « Oscars » du cinéma indépendant), « The Artist » s'est transformé en véritable « machine à gagner » lors de la 84ecérémonie des Oscars.

 

Le film triomphe en remportant cinq statuettes sur dix nominations : meilleur film, meilleur acteur pour Jean Dujardin, meilleur réalisateur pour Michel Hazanavicius… mais aussi meilleur costume et meilleure musique originale.

JEAN DUJARDIN REMPORTE L'OSCAR DU MEILLEUR ACTEUR

« Ouah ! Putain ! Génial ! Merci ! », s'est écrié en français Jean Dujardin en recevant la récompense des mains de Natalie Portman. Il est le premier Français récompensé dans cette catégorie, face à George Clooney et Brad Pitt.

Michel Hazanavicius, quant à lui, a répété « I have an Oscar ! » (« J'ai un Oscar ! »), comme médusé d'être lui aussi le premier réalisateur non anglo-saxon récompensé aux Oscars dans sa catégorie, raflant de fait la statuette à la barbe de Martin Scorsese, Woody Allen et Terrence Malick.

Pourtant, avouons-le, un tel triomphe était pressenti.

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Un jury de vieux

 

Profil d'un membre du jury des Oscars : homme, blanc, plus de 60 ans. Nous ne rajouterons pas « sénile » ou « chaise roulante » mais oui, le constat est là : les nominations et récompenses des Academy Awards sont façonnées par un jury « passéiste ». En témoigne l'enquête menée par le Los Angeles Time. Sur les 89% des 5 765 membres du jury :

  • 77% sont des hommes ;
  • 94% sont blancs ;
  • 54% ont plus de 60 ans ;
  • 14% ont moins de 50 ans.

En 84 ans, à peine 4% des prix d'interprétation ont été décernés à des Afro-Américains.

Rien d'étonnant donc à ce que « The Artist », film muet rendant hommage au cinéma américain, ait glané les principales statuettes.

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Hollywood aime entendre parler d'Hollywood

 

Dans un article publié dans The Daily Beast, l'auteur Jacob Bernstein dénonce avec humour les dix façons d'avoir un Oscar :

  • jouer une personne connue ;
  • avoir un problème physique ou mental ;
  • parler avec un accent marrant ;
  • être âgé ;
  • jouer un homosexuel ;
  • devenir gros ou moche ;
  • jouer un monstre ;
  • vivre une guerre civile ou l'holocauste ;
  • jouer du piano ;
  • mourir.

« The Artist » ne rentre pas dans ces cases-là, il les transcende. En réalisant un film à la gloire du cinéma hollywoodien se situant en 1927, soit deux ans avant la création même des Oscars, Michel Hazanavicius flatte l'égo des membres de l'académie.

Le personnage de George Valentin est d'ailleurs inspiré d'un acteur américain du début du XXe siècle : John Gilbert.

BÊTISIER DE « THE ARTIST »

Pour Ludovic Houplain, oscarisé en 2010 pour le court-métrage d'animation « Logorama », c'est une question d'autolégitimation :

« Au final, ces organismes, un peu comme [avec] “The Artist”, aiment qu'on parlent d'eux. C'est une mise en abîme de leur mise en scène. »

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Harvey Weinstein, l'homme qui valait 86 Oscars

 

Lorsque Harvey Weinstein, l'un des producteurs américains de films indépendants le plus reconnu des Etats-Unis, choisit un film, les récompenses pleuvent. La cérémonie des Oscars 2011 en témoigne. Qui gagne la statuette pour le meilleur film ? « Le Discours d'un roi ». Qui est cité meilleur acteur ? Colin Firth, acteur du « Discours d'un roi ». Qui est derrière tout ça ? Harvey Weinstein.

Avec près de 265 nominations et 86 Oscars, Harvey Weinstein est un stakhanoviste du tapis rouge du Kodak Theatre. En pariant sur « The Artist » après que le film a été diffusé en avant-première à Cannes, le casting doit suivre à la lettre les demandes du producteur surnommé « The Punisher » : soit des centaines de déplacements dans le cadre de festivals, projections privées, etc.

En moins d'un mois, Jean Dujardin occupe les sièges de dix émissions américaines dont le  »Late Night », de Jimmy Fallon.

Meryl, Woody et les autres : le palmarès complet des Oscars

Les deux grands vainqueurs de la cérémonie sont donc « The Artist », qui rend hommage au cinéma muet hollywoodien, et « Hugo Cabret » de Martin Scorsese, cinq récompenses, qui rend hommage à la France.

L'Oscar de la meilleure actrice va à Meryl Streep pour « La Dame de fer » et son interprétation de Margaret Thatcher. « Une séparation » remporte l'Oscar du meilleur film étranger. Voici le palmarès complet :

  • Oscar du meilleur film : « The Artist » ;
  • Oscar de la meilleure actrice : Meryl Streep, « La Dame de fer » ;
  • Oscar du meilleur acteur : Jean Dujardin, « The Artist » ;
  • Oscar du meilleur réalisateur : Michel Hazanavicius, « The Artist » ;
  • Oscar du meilleur second rôle masculin : Christopher Plummer, « Beginners »
  • Oscar du meilleur second rôle féminin : Octavia Spencer, « La Couleur des sentiments » ;
  • Oscar du scénario original : Woody Allen, « Midnight in Paris » ;
  • Oscar du scénario adapté : « The Descendants » ;
  • Oscar de la musique originale : « The Muppets » ;
  • Oscar de la musique : « The Artist » ;
  • Oscar des effets spéciaux : « Hugo Cabret » ;
  • Oscar du meilleur film d'animation : « Rango » ;
  • Oscar du documentaire : « Undefeated » ;
  • Oscar du mixage son : « Hugo Cabret » ;
  • Oscar du montage sonore : « Hugo Cabret » ;
  • Oscar du meilleur montage : « Millenium : les hommes qui n'aimaient pas les femmes » ;
  • Oscar du film étranger : « Une séparation » ;
  • Oscar du maquillage : « La Dame de fer » ;
  • Oscar des costumes : « The Artist » ;
  • Oscar de la photo : « Hugo Cabret » ;
  • Oscar de la direction artistique : « Hugo Cabret » ;
  • Oscar du court métrage animé : « The Fantastic flying books of Mr. Morris Lessmore » ;
  • Oscar du court métrage documentaire : « Saving Face » ;
  • Oscar du court métrage : « The Shore ».
 
SOURCE : Rue89