Samedi 29 mars 2025 – Fougainville – Rivière-Pilote. Au menu de ce Bokantaj Ékoloji Agrikilti Péyizan, un triptyque audacieux autour d’un Marché agricole, d’une randonnée pédestre à la découverte de la campagne pilotine ainsi qu’une réflexion partagée sur un thème d’actualité de vie chère - production agricole martiniquaise. Une seconde édition pleine de succès et d’enseignement grâce, notamment, au concours logistique de la Ville de Rivière-Pilote.
Fruit d’un partenariat entre Martinique-Écologie, l’AKAM (Association Ka Manniok Matinik) et les agriculteurs de la SICA de Fougainville, le Bokantaj Ékoloji Agrikilti Péyizan 2025 a confirmé la nécessité d’initier des concepts nouveaux pour à la fois repenser le modèle agricole actuel et accompagner les petits exploitants martiniquais à travers des manifestations innovantes et originales. Et ce n’est pas un hasard si ces partenaires ont choisi Fougainville, terre de lutte paysanne et de résilience, où naquit naguère la très réputée foire agricole de Rivière-Pilote.
Le Bokantaj 2025 démarra par une escapade pédestre matinale de deux heures à travers champ jusqu’à une immense retenue collinaire au pied de la forêt du morne Camp. Cet ouvrage illustre bien le génie de la paysannerie martiniquaise qui a su exploiter le ruissellement des eaux de pluie par un réseau de canaux collecteurs convergent jusqu’à la mare. Pas moins de 32 exploitations agricoles sont aussi irriguées par un système d’irrigation vertueux. S’en est suivie une courte halte devant la stèle commémoratrice de l’insurrection du Sud de Septembre 1870 où fut déposée une gerbe de fleurs par Romain Bellay, Hervé Zénoky, en compagnie de Maryline Dumanoir, une très discrète militante pilotine, arrière-petite-fille d’Eugène Lacaille, un des leaders de la révolte du Sud. Le nouveau parcours, beaucoup plus accessible, a permis aux 72 randonneurs de découvrir la magnificence des paysages pilotins sauvegardés d’une bétonisation certaine grâce à une mosaïque des cultures ancestrales et contemporaines.
De retour à la SICA après une traversée de la grande Rivière-Pilote quelque peu asséchée en ce début de carême, nos invités ont pu s’approvisionner sur le marché agricole entre fruits de saison, légumes pays, crabes de terre, épices et senteurs d’autan avant de participer à la réflexion d’actualité : « vie chère et production agricoles, quelles propositions ? »
C’est le Président de Martinique-Écologie, Louis Boutrin, qui planta le décor après avoir souligné que la vie chère ne se résume pas à la seule grande distribution. L’ex-Conseiller exécutif en charge des politiques agricoles (2016-2021) rappela que si tout le monde s’accorde pour une sortie du modèle agricole actuel, très peu d’acteurs s’appliquent à préciser ni comment et encore moins avec quels outils financiers pour la petite paysannerie. Outre la problématique du foncier agricole et de l’irrigation, Louis Boutrin propose de réexaminer celle du financement et des aides indispensables au développement de la filière fruits et légumes. Car, actuellement, les petits exploitants agricoles sont écartés des dispositifs d’aides du POSÉI (Programme d’Options Spécifique à l’Éloignement et à l’Insularité) alors même qu’ils contribuent grandement à nourrir la population d’où l’idée d’une révision du mode de calcul et de la répartition de ces aides POSÉI. Une analyse partagée par le Maire de Rivière-Pilote, Jean-François Beaunol, qui a plaidé pour une réforme de la commande publique afin d’intégrer dans l’alimentation des petits martiniquais une part plus conséquente de notre production agricole.
En guise de conclusion, le président de la SICA, Romain Bellay, a exprimé sa satisfaction face à cette convergence d’initiatives et a salué l’esprit de concorde martiniquaise porté par Martinique-Écologie et Monsieur le Maire. D’ores et déjà un projet architectural et financier a été déposé mi-mars à la CTM pour rénover cette vieille bâtisse délabrée et relancer ainsi l’organisation de la production agricole paysanne autour de la SICA de Fougainville.
Jean-Laurent ALCIDE