SERIES FRANCAISES : LE HEROS DOIT-IL ETRE BLANC ?

Deux idées reçues sur les séries françaises décortiquées par six scénaristes (3/10 & 4/10).

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Trop lisses, trop convenues, pas assez politiques, copiées sur les Américains, les séries françaises sont accusées de tous les maux. Où en est la production hexagonale? Les choses ont-elles changé? Que faut-il encore corriger ? Confrontés à 10 idées reçues, vraies ou fausses, six scénaristes réagissent.

Jean-Marc Auclair: créateur de B.R.I.G.A.D (2000-2004 sur France 2) et Mes Amis, Mes Amours, Mes Emmerdes (depuis 2009 sur TF1).

Eric de Barahir: scénariste sur les saisons 2 et 3 d’Engrenages (depuis 2005 sur Canal+) et Les beaux mecs (en tournage pour France 2).

Marc Herpoux: créateur des Oubliées (2007 sur France 3) et Pigalle, la nuit (2009 sur Canal+).

Nicole Jamet: créatrice de Dolmen (2005 sur TF1) et présidente du Festival Scénaristes en Séries (et de l’association éponyme).

Olivier Kohn: créateur de Reporters (2004-2009 sur Canal+).

Frédéric Krivine: créateur de P.J (1997-2009 sur France 2) et Un Village Français (depuis 2008 sur France 3).

Idée reçue n°3 : le héros doit être blanc

Eric de Barahir. C’est de moins en moins vrai. Ce qu’il faut éviter, c’est le piège du «maghrébin ou du noir de service» qui arrive comme un cheveu sur la soupe. Notre société est largement multiculturelle et les séries doivent être le reflet de cette réalité. Je trouve par contre que l’on est encore trop timide. Pourquoi ne voit-on jamais de femmes voilées dans les fictions françaises? Allez vous balader en banlieue parisienne et vous verrez que ce n’est pas du tout un phénomène marginal, or il est totalement occulté dans le PAF.

Marc Herpoux. Là aussi, les choses bougent. Regardez Fortunes pour Arte. Pigalle, la nuit est d'une grande diversité. Signature, qui rentre en tournage pour France 2 cet été, le sera tout autant. Il y aura Sami Bouajila, Sandrine Bonnaire et Sara Martins dans les trois rôles principaux. L'action se déroulant à l'île de la Réunion, ce sera très, très «coloré».

Frédéric Krivine. Là encore, cette critique date un peu. Il est vrai que le pilote de Julie Lescaut est resté un an dans les tiroirs de TF1 parce que le directeur de la programmation de l’époque trouvait qu’il y avait trop d’arabes et qu’on ne croirait jamais à une femme commissaire. Mais aujourd’hui, sur France Télévisions, la question de la diversité est régulièrement abordée par les conseillers de programmes. Des séries chorales comme PJ (depuis 1997), Plus Belle La Vie, mais aussi La Cour des Grands  mettent en scène des personnages principaux blacks ou beurs. La série Un Flic, créée par Hugues Pagan sur France 2, a fait d'un black son héros (interprété par Alex Descas). Il reste vrai que TF1 n’ira pas mettre le paquet sur un héros unique beur ou black […] car il y aura mécaniquement une trop grande perte de parts de marché.

Si je comprends le combat des comédiens blacks et beurs pour diversifier les rôles – et notamment éviter les rôles où la couleur de la peau est censée définir tout le personnage – je suis personnellement peu investi dans cette  préoccupation. Cette question me paraît être assez secondaire pour ce qui concerne le développement des séries françaises. […] 

Nicole Jamet. Le souci est plutôt devenu qu'il n'est pas bien disant d'avoir un beur ou black qui soit le méchant, car il ne faut pas qu'on puisse être taxé de racisme.

Jean-Marc Auclair. Depuis Harry Roselmack, je ne vois pas qui pose cette question. Je pense que plus aucune chaîne ne dit ça ouvertement. Off, c'est autre chose...

 

Idée reçue n°4 : Les personnages secondaires ne doivent pas faire d’ombre au héros.

 Marc Herpoux. Malheureusement, je pense que le problème ne vient ni des diffuseurs, ni des producteurs, mais bien de nous, scénaristes. Focaliser sur nos personnages principaux, au détriment du contexte qui les entoure, on a parfois tendance à sous-estimer le traitement de ces personnages «secondaires». D'où l'importance d'une relecture critique, de la part de la production comme de la chaîne. C'est une question de personnes, et non de système. Je n'ai jamais entendu une producteur ou une chaîne demander à «ne pas – ou moins – développer les personnages secondaires.» Je n'en vois pas l'intérêt d'ailleurs, même pour eux.

Nicole Jamet. Personne ne nous empêche de les développer, mais il faut se battre pour que ce qu'on leur attribue de particulièrement intéressant, gratifiant, ne soit pas récupéré pour être finalement attribué au personnage principal.

Eric de Barahir. Au contraire! On nous demande souvent l’inverse. Si Pigalle, Engrenage ou Braquo marchent, c’est justement parce que les personnages secondaires y sont fouillés. Sur Canal+, comme sur France 2 (les seules chaînes pour lesquelles j’ai travaillé), les diffuseurs sont très attentifs aux personnages secondaires et il a fallu souvent revoir notre copie parce que justement ces rôles n’étaient pas assez travaillés. J’ai l’impression que seul TF1 reste sur ce schéma. Dans La loi selon Bartoli, par exemple, les personnages secondaires sont totalement insignifiants et sont juste là pour donner la réplique à l’acteur principal. 

Jean-Marc Auclair. Ça aussi c'est fini, les personnages étant les éléments qui drivent une fiction, il faut bien sûr tous les développer, même pour celui qui n'a que quelques scènes, sinon comment vous les écrivez?

Frédéric Krivine. […] Les diffuseurs que je connais parlent peu des personnages secondaires, si on en met des bons cela ne leur pose guère de problèmes. La question est plutôt économique, elle se joue en nombre total de cachets de comédiens qui devient problématique à partir d’un certain niveau. Cela pèse sur la qualité car ou bien on coupe des rôles, ou bien on baisse trop le niveau de rémunération, et donc la qualité moyenne des comédiens. Or la crédibilité d’une série repose autant sur les personnages secondaires que sur les principaux. Un garçon de café ou une secrétaire pas du tout juste, et c’est tout le programme qui part en vrille.

Olivier Kohn. […] Je n’ai jamais ni entendu ni ressenti quelque chose qui se rapproche de ça dans mes relations avec les producteurs et les diffuseurs. Une bonne fiction implique évidemment de bons personnages, qu’ils soient principaux ou secondaires.

To be continued .../... A suivre