Que les descendants de première, deuxième ou troisième génération qui sont nés ou ont vécu dès leur plus jeune âge en France, se déclarent français, cela ne me dérange pas du tout. Qu’ils s’expriment, prennent position sur les problèmes franco-français, qu’ils luttent pour avoir une juste place au sein de cette société raciste qu’est la société française, m’a toujours paru tout à fait normal.
L’argument avancé est que toutes ces personnes seraient « d’origine antillaise ». Certes, mais Rama Yade est d’origine sénégalaise et Rachida Dati d’origine marocaine et pourtant, personne ne les a jamais entendu prononcer le moindre avis ou prendre position sur un quelconque problème concernant le pays de leurs parents. En tant qu’afro-française et arabo-française, elles se l’interdisent, j’imagine, et elles ont parfaitement raison. Je ne crois pas, par exemple, qu’Abdoulaye Wade, le président du Sénégal, eut toléré que Rama Yade critique la statue de la Renaissance Africaine qu’il vient de construire à Dakar et qui a coûté des millions d’euros. Cette dernière a le droit de penser en son for intérieur qu’il s’agit là d’un gaspillage d’argent dans un pays où la population vit avec moins de 3 dollars par jour, mais elle n’a pas le droit de le dire publiquement. C’est aux Sénégalais de le faire et à eux seuls car ce sont eux qui « tiennent la queue de la poêle » comme on dit en créole…
HARO SUR LE THURAM
Venons-en au lynchage qu’a subi toute cette semaine le joueur le plus capé de l’Equipe de France ! Disons d’abord que la connerie humaine a trouvé dans les blogs et les sites-web un excellent moyen de diffusion. Avant, elle se cantonnait aux conversations du Café de commerce ou aux brèves de comptoir. Elle était donc circonscrite et peu contagieuse. L’Internet lui a ouvert les portes de l’univers entier. C’est la face hideuse de cet instrument de communication par ailleurs formidable. Il suffit de s’inventer un pseudonyme et de se créer une adresse-mail anonyme du genre « zaboka@hotmail.com » ou « negmawon@yahoo.fr » pour pouvoir déblatérer à perte de vue sur X ou Y. Nos courageux internautes sont donc tombés à bras raccourcis sur Thuram le traitant de « nègre à blanc », de « faux frère », de « plus Français que les Français », d’ « esclave domestique » ou de « vendu ». Tout ça pour quoi ? Parce qu’il a déclaré qu’Evra et d’autres joueurs de l’équipe de France devraient être interdits à vie de sélection et qu’il faut respecter le maillot que l’on porte quand on a l’honneur de faire partie des Bleus.
J’ai beau lire et relire, écouter et réécouter cette déclaration, je ne lui trouve absolument rien de choquant. Car si les Noirs français luttent pour obtenir leur juste place au sein de la société française, ce n’est pas dans le but de la détruire de l’intérieur, je suppose. Que ceux qui ont pareille idée en tête entrent alors en résistance, qu’ils refusent toute promotion et notamment celle d’être sélectionné chez les Bleus ! Personne n’oblige Anelka ou Evra à jouer dans cette équipe. Ils gagnent déjà des millions dans leurs clubs, donc ce n’est pas cela qui les enrichira davantage. Le jour où il y aura une sélection martiniquaise, qu’elle refusera de chanter l’hymne national martiniquais, de s’incliner devant le drapeau martiniquais ou qu’elle donnera le spectacle lamentable qu’Evra et ses compères ont donné en Afrique du sud, eh bien je dirai exactement la même chose que Thuram.
CLARTE
Car il faut être clair et Didier Drogba, lui, l’est. Arrivé en France à l’âge de trois ans, il y a toujours vécu depuis et aurait parfaitement pu jouer pour les Bleus. Il a refusé et a préféré jouer dans la sélection de la Côte d’Ivoire, pays de ses parents. Là, on doit lui tirer notre chapeau. Drogba ne joue pas sur les deux tableaux : « Afro-français » d’un côté et « Africain » de l’autre. Il dit : « Je suis Africain, je préfère jouer pour la Côte d’Ivoire » et quand l’hymne ivoirien joue, il le chante à pleins poumons comme tous ses coéquipiers. Bravo ! Et je suis prêt à parier qu’au fond de lui, il a dû avoir honte du comportement infantile, imbécile, immature des Evra et autres Anelka, ce qu’a voulu dénoncer Thuram justement.
Non, Thuram, dans ce cas précis, n’est ni un « nègre à Blanc » ni un « faux frère » ni un « vendu ». Il est logique avec lui-même. Tout simplement. Je suis un Noir français, je joue dans l’équipe de mon pays, eh bien je dois respecter mon pays, son hymne national et son drapeau. Point barre. Tout autre comportement est un comportement de voyous et d’enfants gâtés milliardaires. Dans la Martinique indépendante d’après-demain, j’espère bien que nos descendants ne toléreront pas ce genre de chose.
NOIRISME
Cela a un nom : l’infantilisme. Le noirisme est un infantilisme. Espérons pour lui que Lilian Thuram en aura tiré la leçon !
Raphaël Confiant