La Toussaint aux Antilles: fête des lumières.

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La Toussaint et les Défunts aux Antilles: fête des morts et des lumières. Un étonnant mélange de catholicisme et d'hindouisme
Les familles antillaises ont profité du week-end de la Toussaint pour se retrouver autour des sépultures.

 

Tout commence lors de la semaine précédant la fête de la Toussaint par un nettoyage  des cimetières.
Nettoyage en règle de la tombe! On procède, éventuellement à un rafraîchissement des peintures, afin que la famille puisse se réunir lors du week-end de la Toussaint.
À l'entrée du cimetière des adolescents proposent généralement leurs services afin de redonner "un petit coup de neuf "aux tombes. On les appelle les "jobbeurs", leurs tarifs varient en fonction de leur prestation, ainsi pour la peinture le prix de base est de  15 €.
 
Une tombe bien nettoyée est le signe que l'on s'occupe de ses morts. Le culte des tombeaux ou plutôt le respect des morts est une expression institutionnelle, socialement codifiée d’une réalité psychologique profonde. On peut y discerner une réaction compensatrice ; l’extériorisation des morts qui permet de mieux s’en délivrer, en les situant à leur place dans un cosmos organisé.

tombetoussaint.jpgÀ la nuit tombée, la famille se réunit autour de la tombe pour évoquer le souvenir des disparus tout en mangeant et en buvant. Le cimetière devient un lieu de discussions et d'échanges, l’on s’interpelle de tombe à tombe, on invite des amis ou des voisins à s’asseoir un instant. Des prières, certainement, mais surtout beaucoup d’échanges entre membres de la famille ou entre connaissances.

Les nuits qui règnent sur la Toussaint offrent un spectacle lumineux particulièrement singulier. Des milliers de bougies sont allumées sur toutes les tombes avec pour symbolique forte de représenter la vie.

Chaque société perçoit la
mort à travers ses schèmes de pensée et ses valeurs propres : la
décoration des tombes, les  vêtements de deuil ou leur couleur,
l’atmosphère des funérailles varient non seulement selon des patterns
socioculturels spécifiques mais encore avec les époques.

Aux Antilles, la Toussaint et les Défunts semblent toujours avoir dépassé le cadre de l’institution religieuse chrétienne stricto sensu. Un important syncrétisme donne au 02 novembre une valeur symbolique particulière.

Une fête dans la fête : la célébration du Sanblani/Sanbrani

Le sanblani est une cérémonie hindouiste originaire de l’Inde du Sud, qui intervient à la même période que la Toussaint, et succède pour les Indiens au Dipavali.

 
Le sanblani qui provient du terme sambrani (encens) cristallise le syncrétisme indien entre la fête des morts qui est une fête collective chrétienne et l’anniversaire de chaque défunt qui, est, en Inde, une cérémonie familiale individualisée.
 

Les crémonies du sanblani sont organisées d'une manière générale à la même époque que la Toussaint se conjuguant ainsi harmonieusement. La cérémonie du sanblani propose aux participants, toutes origines confondues, de partager un repas en commun. Le sanblani repose autour d'un repas préparé selon le rite du Pachel et se compose de sept colombos et de divers plats qu’aimaient les disparus.


Lorsque ce cérémonial est terminé, la maison est quittée en prenant soin de la fermer durant quelques instants, pour laisser les morts goûter au repas.


En regard des mythologies traditionnelles, ces repas restent un acte de communion auquel participe le mort.

Les fêtes de la Toussaint permettent au-delà de la simple analyse  d’observer les attitudes et les comportements de la société antillaise face à la mort. Les études montrent que l’attitude observée face à la mort a subi de nombreuses variations.

 
En effet à l’attitude ancienne où la mort était à la fois proche, familière et acceptée, s’oppose d’une certaine manière l’attitude moderne du refus, d’éloignement, d’individualisation. Aux Antilles,  l’arrivée des religions protestantes, le développement de l’urbanisme avec le processus d’individualisation, de la compétition, la vie moderne, l’éclatement de la famille et la déliquescence de la solidarité apportent de multiples mutations au niveau du rituel, probablement irréversibles et peut-être inquiétantes pour l’équilibre psychique de nos contemporains.
 
Diana RAMASSAMY